Voyage     au     Népal

 

 

 

island Peak

 

 

montagne

 

 

 

 

Jacques TRIQUET

Les Milles, juin 2003.

L’idée de gravir l’Island Peak m'est venue le jour où Christelle m’a offert un numéro du magazine “Montagne”  qui traitait  de l’alpinisme.
Un reportage était consacré à une montagne népalaise culminant à 6189 mètres. Elle constituait un bon début pour les alpinistes voulant s’attaquer à l’Himalaya. Elle était donnée comme une course relativement facile tout en préconisant une multitude de règles  de prudence à respecter. Les catalogues des agences de trek la classent dans les ascensions difficiles.
Sur la couverture du magazine était écrit : “Objectif 6000 : première expé. à Island Peak.”

Je commence à lire ce reportage qui racontait une expédition au sommet d’une montagne dont je n’avais jamais entendu parler. J’ai immédiatement un coup de cœur et je me promets d’y aller  un jour.

Quelques jours plus tard, alors que je suis à Bastia, je rencontre Paul BEYSSIER. Je le connais de vue mais je sais qu’il fait  de la montagne. Je l’interpelle et me présente à lui ; le courant passe immédiatement entre nous. Je lui propose de faire ensemble un grand sommet lointain. Je lui demande de bien vouloir acheter “Montagne Magazine” et de lire l’article sur l’Island Peak. Nous échangeons nos coordonnées et nous nous promettons de nous rappeler  après la saison d’été. Durant cette saison, j’entends également parler d’un autre navigateur montagnard qui aurait fait le Mont Blanc avec Paul; il s’agit de Coco Panzani. Ce nom me dit quelque chose, mais je ne le situe pas

 Gignac la Nerthe, septembre 2003.
 
 Je pars avec Chrystelle faire mon premier voyage au Népal. Je suis totalement enchanté par ce pays. Sur place je prends des renseignements sur l’Island Peak. A mon retour en France, je décide que ce sera mon prochain voyage.
Au cours de l’hiver, je rencontre brièvement Coco et Paul qui  semblent intéressés par mon idée. Je commence alors à prospecter mes relations pour trouver d’autres partenaires d’expédition.

Eric Justin, mon ami millois à qui j’ai montré en premier le magazine refuse  avec regret car personne ne pourra lui garder son magasin durant un mois.
Freddy Garnero, mon compagnon de Patagonie me répond qu’il a prévu le marathon de New York à la même date.
Christiane Boghossian est d’accord.
Maguy de Bastia  est très intéressée mais réserve sa décision en raison de la garde de son fils.
Christian, mon ami du Kilimandjaro est lui aussi intéressé.
Enfin Chrystelle, la douce jeune femme qui partage ma vie  et mes voyages  réserve, elle aussi, sa réponse.        

Bastia, janvier 2004.

Je réunis Coco et Paul dans un bar  du port de Toga. C’est dans ce  bar que j’avais préparé mon voyage en Patagonie avec Robert Cervoni. Je leur expose le projet.  Ils m’affirment qu’ils feront le maximum pour être du voyage. Nous sommes déjà trois.

Février 2004.

J’embarque sur le “Méditerranée”, je profite de mes séjours à Marseille pour surfer sur Internet et contacter des agences de trek népalaises. Je reçois plusieurs devis et jour après jour je collecte de nombreux renseignements sur les prix et les nombreuses règles de prudence à respecter dans de tels  endroits.

Fin mars 2004.

Je contacte de nouveau tout le monde. Je leur donne des chiffres et des dates. Eric et Maguy refusent définitivement, Christian et Christiane se désistent au dernier moment. Freddy est finalement d’accord et entraîne avec lui sa compagne Annie. Paul et Coco confirment.
Je décide alors d’organiser un repas chez moi  à Furiani  avec l’ensemble des participants.
Le soir, à l’heure de l’apéro après les présentations, Coco m’annonce qu’il doit renoncer car sa femme est enceinte : elle sera pratiquement à terme au mois d’octobre. Paul enfonce le clou en émettant des doutes sur sa participation car Coco son grand ami ne sera pas là. Mon moral en prend un grand coup. Je présente cependant  le voyage en espérant convaincre Paul. Après le repas il n’est toujours pas décidé et demande quelques jours de réflexion. Je passe une mauvaise nuit, je pense à tout ce travail effectué pour pratiquement rien. Heureusement Freddy et Annie restent enthousiastes.

Bastia, le 11 septembre 2004.

Plusieurs mois se sont écoulés depuis le repas. Comme prévu Paul a renoncé. J’ai dû tout réorganiser. J’ai revu Coco qui me propose de faire de la montagne avec lui. Fin juin tout était prêt et j’ai passé un été tranquille et sans soucis.
J’ai essayé de me préparer physiquement en faisant du VTT et en courant en montagne tous les deux jours.  Chaque fois, j’améliorais mon temps. J’ai effectué également quelques randos en montagne et, jour après jour, j’améliorais mon temps de course
Plus que quatorze jours avant le départ !
Freddy et Annie sont toujours partants. Les billets sont pris et les réservations pour l’expédition sont faites. J’ai des contacts réguliers par Internet avec Katmandou.
Olivier Kervel le directeur de l’agence de trek me tient régulièrement au courant de la situation sur place. Les maoïstes font de nouveau parler d’eux, mais rien d’inhabituel.  Je commence déjà à préparer mes affaires pour le voyage.


Bastia, le jeudi 23 septembre.

Mon sac “North Face”  d’expédition que je viens d’acheter spécialement pour le voyage est prêt, il pèse vingt kilos. Il contient :
- une doudoune en duvet d’oie,
- une veste Goretex,
- une veste polaire,
- un sweat-shirt polaire,
- deux sous-pull manches longues en technidry,
- un pantalon de montagne hiver,
- un sur-pantalon Goretex,
- une paire de gants Goretex,
- une paire de gants Wind-stopper,
- une paire de gants polaire,
- une paire de gants en soie,
- une cagoule en soie,
- deux grosses paires de chaussettes,
- une paire de chaussettes demi-saison,
- une paire de chaussettes fines,
- deux slips,
- deux caleçons,
- un caleçon long en technidry
- un bonnet polaire,
- deux serviettes éponges spéciales trek,
- un gant de toilette,
- une paire de sandales,
- une paire de basket de trek,
- une paire de Mendl Himalaya,
- une paire de crampons,
- un piolet,
- deux bâtons de marche,
- un baudrier,
- deux lampes frontales,
- une paire de lunettes glacier,
- une paire de lunettes de soleil,
- une gourde souple thermique de deux litres,
- une bouteille d’un litre et demi,
- un sac à dos de cinquante litres pour mon matos photo,
- une trousse de secours et des médicaments.

Matériel photo :

- Un boîtier Canon EOS 5,
- un zoom 28-70 Signa 2,8,
- un zoom 80-200 Canon 2,8,
- un appareil polaroïd,
- un appareil olympus compact 2,8,
- 20 pellicules 24 x 36 en 36 poses 100 ASA,
- 4 pellicules polaroïd,
- une paire de jumelles.

Dans mon gros sac j’ai aussi quelques livres et trois kilos de petits jouets pour les enfants, des lunettes de soleil et des casquettes publicitaires, des stylos, un parfum et deux montres que je donnerai aux gens les plus nécessiteux.
Maintenant seuls quelques petits détails restent à régler.

Bastia, le 24 septembre 2004.

Je vais en ville pour rencontrer Robert Cervoni. Il doit me prêter son sac de couchage : c’est un sac très chaud et léger. Ensuite je vais dans une pharmacie acheter les derniers médicaments qu’il me manque et quelques comprimés contre la fatigue qui favorisent aussi  la récupération.
Dans l’après midi je boucle mon sac et je fais un grand ménage dans l’appartement.
Je révise aussi mon anglais sur des livres de 6ème. Je me lasse assez vite.  Je décide de les prendre avec moi dans l’avion pour des révisions de dernière heure.
Maintenant il est 22 heures et j’essaie désespérément de joindre Chrystelle au téléphone. Je tourne en rond ; je viens de relire tous les chapitres  de mon livre de survie concernant  : les avalanches, le froid, la déshydratation, et le mal des montagnes. Je n’ai pas du tout sommeil. J’espère pouvoir dormir un peu tout de même !


               Bastia, le 25 septembre 2004.

Il est 5 heures lorsque mon réveil sonne. Ma nuit a été courte et très agitée. Une petite toilette, un coup de rasoir, un petit déjeuner vite avalé et me voilà parti. Ma mère s’est levée pour me dire au revoir et me recommander d’être très prudent. Mon père m’accompagne pour ramener ensuite  la voiture.
A 5 heures 55 nous sommes chez Annie et Freddy ; la maman de Freddy elle aussi est debout pour leur dire au revoir. Dix minutes plus tard nous sommes dans la file d’embarquement pour Paris que nous atteignons à 8 heures 30.
La matinée passe très vite, nous nous déplaçons de Orly à Roissy et nous commençons les formalités d’embarquement dès notre arrivée.  Tout se passe très rapidement sauf au dernier contrôle où je dois sortir ma ceinture et mes chaussures pour franchir le portique de détection des métaux. Ensuite la contrôleuse me fait vider mon sac et tout mon matériel photo; il n' y en a eu qu’un, c’était moi !
Je reste de bonne humeur et notre avion décolle sans problème.
Le service à bord et les repas sont d’excellente qualité. Nous voyageons avec la compagnie “Qatar Air Ways”, nous arrivons à Doha la capitale à 19 heures.L’aéroport n’est pas grand et pas très luxueux. Il y a des travaux à l’intérieur. Nous attendons notre prochain vol dans le bruit des marteaux piqueurs. Je passe mes derniers coups de téléphone avec mon portable. Notre avion pour Katmandou décolle à 23 heures 50.
Cette fois nous sommes dans un petit Airbus A 320. La climatisation est très fraîche. La moitié des passagers sont des népalais et l’autre moitié des trekeurs. Nous ne pouvons pas dormir  car les hôtesses nous servent un repas à 1 heure du matin et les lumières  ne seront éteintes que durant une heure à peine.

Katmandou, le 26 septembre.

Nous arrivons à Katmandou à 7 heures 15. En raison du décalage horaire le vol n’a duré que 4 heures 30. En France, il est 2 heures 30 du matin.
Les formalités pour l’obtention du visa nous prennent vingt minutes. L’équipe de l’Agence Celtic ainsi que Surendra, le patron de l’hôtel, nous attendent sur le parking de l’aéroport. L’accueil est très chaleureux. Nous sommes immédiatement plongés dans l’ambiance de cette ville d’un million d’habitants. Elle est grouillante, bruyante et très polluée. J’ai l’impression de ne l’avoir quittée que depuis quelques jours. Je retrouve mes repères et je me sens tout de suite à l’aise. Arrivés à l’hôtel, nos bagages sont tout de suite montés dans nos chambres.
Je revois Surendra et sa famille avec beaucoup de plaisir. Nous buvons le thé. Nous sommes ici depuis moins d’une heure et Suraj notre porteur de l’an dernier nous téléphone. Je  l’invite à venir nous retrouver à l’hôtel et lui demande s’il veut bien nous servir de guide pour la matinée.
Nous nous revoyons quelques instants plus tard avec un immense plaisir et nous décidons de commencer notre visite par Monkey Temple (le temple des singes).
Un taxi nous y dépose et nous visitons pendant deux heures ce magnifique endroit très calme et reposant. Je fais beaucoup de photos de singes, car celles de l’an dernier ne sont pas très belles.
Nous allons ensuite déjeuner avec Suraj au “Thamel House Restaurant”. C’est l’un des plus beaux restaurants  de la ville. Suraj nous invite à manger chez lui à notre retour du trek. En le quittant je lui donne un cadeau de la part de Chrystelle et de moi-même : un traducteur électronique français-anglais ainsi que 30 euros qui serviront à lui payer quelques mois d’études de français supplémentaires.

A 14 heures, Olivier Kerviel nous retrouve à l’hôtel; c’est un homme d’une quarantaine d’année, très sympathique. Il est accompagné de Tenzing notre guide sherpa ; bonne nouvelle, il parle très bien le français. Nous discutons pendant plus d’une heure de l’organisation de l’expédition et nous lui payons son dû.
Le guide sherpa passe ensuite en revue notre équipement  et nous donne rendez-vous le lendemain matin pour compléter notre matériel technique.
Vers 15 heures 30 je peux enfin me coucher pour rattraper mon retard de sommeil.
Je me réveille vers 19 heures, et je rejoins Annie et Freddy pour aller dîner. Au restaurant je leur fais goûter des « momos » : c’est une spécialité tibétaine et népalaise composée d’une farce de viande ou de légumes enveloppée dans une pâte de riz. C’est un plat excellent, nous en commandons de toutes les sortes et nous nous régalons pour seulement  cinq euros à trois
Maintenant il est 22 heures 30, je suis seul dans ma chambre et je mets en marche le gros ventilateur du plafond. J’éparpille tout le contenu de mon gros sac sur le sol et sur le deuxième lit. Demain je devrai choisir  ce que j’emporte avec moi. Pour le moment je vais commencer à lire un roman policier et j’espère vite trouver le sommeil.
                                                                                                                                                        

Katmandou, le 27 septembre.

 Je me réveille vers 7 heures,  après une nuit très agitée. Depuis hier, je suis enrhumé. J’ai dû prendre froid dans l’avion de Paris-Doha où la climatisation était très forte.
Je retrouve les autres sur la terrasse de la “Guest-house” (hôtel). Un super petit déjeuner nous est servi. Quelques instants plus tard Olivier nous y retrouve pour nous remettre nos permis de trek  et d’ascension. Nous attendons notre guide sherpa et nous partons tous ensemble dans Thamel à la recherche d’un magasin sérieux pour louer des chaussures d’alpinisme et acheter du petit matériel d’escalade (quatre broches à glace, trois  huit et un piolet technique).
Mon rhume s’aggrave et Olivier me commande des médicaments locaux, il me les apporte l’après midi. Il s’agit de trois sortes de comprimés de différentes couleurs; parmi eux il y a un antibiotique.
Il nous confirme aussi que notre avion est le premier demain matin et nous précise qu’aucun avion n’ a pu atterrir ces quatre derniers jours à Lukla en raison des nuages.  Il viendra nous chercher vers 4 heures 45. Serons-nous les premiers à avoir de la chance ?
Le reste de la journée nous nous promenons dans Thamel, et par pur hasard nous passons devant le Palais Royal au moment où le roi en sort dans une immense limousine noire. Il est protégé par une escorte de motards et des gardes du corps circulant dans plusieurs 4 x 4 rutilants.
Il y  a beaucoup de monde sur les bords de l’avenue mais personne n’applaudit. Ici les gens sont pauvres et le roi n’est pas aimé, on le suspecte  d’y être pour quelque chose dans le massacre de l’ancienne famille royale.
Nous continuons notre promenade  et j’en profite pour retirer de l’argent à un distributeur de billets. J’ai besoin de beaucoup de monnaie  car ici tout se paye en espèces. Nous rentrons à la “Guest-house” à la nuit tombante. Mon rhume est maintenant très fort; j’espère que les médicaments seront efficaces.
Aujourd’hui c’est la fête du tourisme et le soir lorsque nous descendons dîner les rues sont noires de monde ; il y a de la musique et des guirlandes lumineuses partout. Nous mangeons rapidement dans un petit resto et nous rentrons à l’hôtel vers 20 heures.

Katmandou, le 28 septembre
     
Ma nuit est horrible, je n’ai pas sommeil et mon rhume a empiré  Je décide de reprendre mon traitement d’Actifed tout en continuant les médicaments locaux. Je m’endors vers 2 heures du matin mais une heure plus tard la lumière de la chambre s’allume toute seule et me réveille. C’est le programmateur de l’interrupteur  qui s’est déclenché ; impossible de me rendormir.
A 4 heures 15 le téléphone sonne;  il est l’heure de se lever. Surendra nous sert le thé dans le petit salon de la réception.
Olivier arrive avec deux taxis et nous partons pour l’aéroport domestique. Nous y retrouvons notre guide et notre porteur. Olivier nous laisse au premier contrôle et retourne à l’agence.
Le militaire qui garde l’entrée nous demande nos billets. Tout le monde se regarde mais personne ne les sort de sa poche ; en fait Olivier est reparti malencontreusement avec !
Quelques coups de téléphone sont passés et nos billets nous sont apportés une demi-heure plus tard par un employé de l’agence.
Des centaines de personnes sont dans le hall et nous devons partir par le premier avion du jour. Nous enregistrons nos bagages dans une cohue indescriptible. Enfin nous passons le deuxième contrôle et la fouille au corps. Nous pénétrons dans le hall d’embarquement où tout le monde attend patiemment.
Il y a là des passagers qui attendent un avion depuis plusieurs jours; ils arrivent le matin et repartent le soir si la météo n’est pas suffisamment bonne pour voler.
Si le temps se dégage, un avion décolle toutes les dix minutes avec quatorze passagers.
Nous profitons de l’attente pour faire connaissance avec notre guide : Tensing sherpa. Il nous raconte un peu sa vie et ses expéditions précédentes. A 11 heures 30,les hauts-parleurs nous informent que c’est fini pour aujourd’hui : il n’y aura aucun vol de la journée.
Nous récupérons nos bagages et de nouveaux billets pour le lendemain.
De retour à l’hôtel, Surendra, très surpris de nous revoir, nous donne deux nouvelles chambres. Je me couche de suite après manger car j’ai vraiment besoin de repos. Cette annulation arrange bien mon affaire, j’aurai été très handicapé avec un tel rhume en montagne.

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